Je le savais. Je le sentais. Pour être honnête, je pensais que ça allait venir du club. Au lieu de ça, c'est pire et ça vient de l'Interclubs.
Rappelez-vous : pour la célébration du Centenaire, tout le monde a entonné au Michelin "Emmenez-moi" du grand Charles Aznavour. Deux semaines plus tard, l'hebdo du club nous annonce vouloir réitérer l'opération lors de la réception de Castres, si je me souviens bien. Et là, je me suis dit : ça y est, ils vont nous mettre cette fabuleuse chanson comme hymne du club.
Fabuleuse, oui, mais quel rapport avec l'ASM si ce n'est l'envie de rêve, l'espoir de victoires, soit en réalité le souhait de tout supporter, qu'il soit de rugby en Auvergne, de hockey au Canada ou de foot à Milan !
A ce compte-là, "On ira tous au paradis" de Polnareff, "I gotta feeling" de David Guetta ou la "Danse des Canards" d'on-ne-sait-plus-qui pouvaient tout autant faire l'affaire.
Là, je crois que c'est encore pire, et Monsieur Aznavour doit pleurer dans son canapé. Jugez plutôt :
Au Michelin, à la tombée du jour
Drapeaux à la main
Emportés par le cri des tambours
Nous irons plus loin
Emmenez-nous au bout de nos rêves
Emmenez-nous au pays des merveilles
Et si les supporters se lèvent
La victoire éclatera au soleil
Moi qui n’ai jamais perdu l’envie
De chanter pour eux
Je voudrais colorer mon pays
Tout en jaune et bleu
Emmenez-nous au bout de nos rêves
Emmenez-nous au pays des merveilles
Et si les supporters se lèvent
La victoire éclatera au soleil.
Et oui, désolé, mais n'est pas Aznavour, Brassens ou McCartney qui veut. Alors certes, on est loin des horreurs entendues telles que "Fouchtri Fouchtra" ou "Allez les Jaune & Bleu" de Wazoo. Car non, M'sieur Dames, un hymne ce n'est pas ça. Ce n'est pas n'importe quelle chanson bien connue, bien écrite et bien jolie, que l'on réécrit/saccage pour la rendre/croire appropriée.
Un hymne, cela fait trembler celui ou celle qui le chante ou qui l'écoute.
Un hymne, ça signifie quelque chose et c'est approprié à ce qu'il doit représenter.
Et surtout, un hymne, c'est saisissant de beauté et de solennité.
Maintenant, demandez-vous une seconde pourquoi les supporters du RC Lens chantent "Les Corons" et pourquoi cela est si boulversant :
Pourquoi chante-t-on aussi parfois "Hegoak" à Jean Dauger et Aguilera ?
Pourquoi chante-t-on aussi parfois "Hegoak" à Jean Dauger et Aguilera ?
Parce que dans les deux cas, c'est un hommage aux gens d'ici, au peuple avant de dire simplement aux joueurs "Gagnez, Messieurs, on aime ça".
Ainsi, depuis très longtemps, ma conviction est que la "Chanson pour l'Auvergnat" de Monsieur Georges Brassens, certes entonnée un poil plus rapidement, est le seul hymne pertinent que je vois pour l'ASM. Parce que c'est une chanson, déjà magnifique et de grande qualité, qui nous touche pour une raison évidente, et qui délivre en même temps qu'un hommage à notre terre et notre peuple, un message aux joueurs eux-mêmes, ces gladiateurs des temps modernes que tous assimilent comme Auvergnats dès lors qu'il portent la tunique jaune & bleue.
Car oui, eux aussi nous réchauffent quand on a froid,
eux aussi créent en nous un feu de joie qui brule dans notre âme, et, d'une
certaine manière, ne nous les bénissons pas un peu pour tout ce qu’ils nous
apportent ?
Vous la connaissez par coeur, mais rechantez-là dans votre tête en pensant à tout cela :
Elle est à toi cette chanson
Toi l'Auvergnat qui sans façon
M'as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
(...)
Ce n'était rien qu'un feu de bois
Mais il m'avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manière d'un feu de joie
Toi l'Auvergnat quand tu mourras
Quand le croqu'mort t'emportera
Qu'il te conduise à travers ciel
Au père éternel.
Je vous garantie des larmes d'émotion dans les tribunes du Michelin.
